Une odeur de violette


Je crois c’est au lycée que j’ai découvert le « concept » de la Madeleine de Proust. Vous savez ce truc qui vous ramène en une seconde à un moment heureux de votre enfance.
Pour Proust donc c’était les madeleines. Mais ça peut être une odeur, une musique, un tissu… n’importe quoi, n’importe quelle sensation qui vous transporte des années en arrière.

Je me souviens qu’à ce moment-là j’avais eu beau réfléchir, je ne trouvais pas de madeleines… bon faut dire qu’au lycée, j’étais pas bien vieille, mon enfance était pas si loin. Ou alors était-ce parce que je n’oublie rien et que je n’avais donc pas besoin de quelque chose d’autre pour faire remonter des souvenirs ?

Je ne sais pas. Mais en tout cas, j’avais pas de madeleine. J’avais l’impression de passer à côté de quelque chose.

Alors bien sûr, l’odeur du pain grillé me fait toujours penser aux ptits déjeuners chez mes parents. Mais comme Maximus en prend quasiment tous les matins aussi et que je déjeune encore chez mes parents pendant les vacances, je considère pas ça comme une madeleine.
J’ai aussi des chansons qui me rappellent une période de ma vie (j’ai beaucoup écouté Pokerface quand j’étais enceinte de Minus) mais c’est pareil ça ne m’émeut pas plus que ça.

Et puis il y a eu samedi soir. Une odeur m’a secouée.

Maximus n’était pas là alors je me suis fait un sachet de thé. Et j’ai voulu goûter le thé à la violette que nous a offert l’office du tourisme de Toulouse lors de notre blogtrip. Quand on est tous les deux, on ne fait que du thé en vrac dans notre théière en fonte.
Mais quand on est seuls on se fait un ptit sachet dans un mug.
Bref, j’ai enlevé le plastique, ouvert la boîte et j’ai reniflé un sachet. (toujours renifler ce qu’on va manger ou boire, la base !)

Et là… elle est là ma madeleine.

Je suis retournée pas moins de 30 ans en arrière. Dans les bras de mon arrière grand-mère qui sentait toujours la violette.
Je l’ai revue me préparer des patates douces sur le poêle, juste cuites dans un papier d’alu, puis coupées en 2. Je les mangeais à la ptite cuillère, comme ça, au goûter.
Le sirop de cassis avec de l’eau qui pique.

L’appartement tout petit, le lit avec les très vieilles photos en noir en blanc.
Les photos de mon arrière grand-père que je n’ai pas connu, mon 2ème prénom me vient de lui.
Les photos de plein de gens, quasiment tous décédés, mais bien vivants dans les souvenirs de Mémé qui me racontait des anecdotes à leur propos.

L’horloge du petit salon avec le coucou qui chantait toutes les heures et vers laquelle je me ruais pour le voir sortir de sa cachette.

Les recommandations, il fallait que je sois sage jusqu’à la prochaine visite parce que « les yeux de ma maman sont comme des étoiles, il ne faut pas les faire pleurer  » .

Ses larmes à chaque fin de vacances parce qu’elle était vieille et qu’elle ne savait pas si elle nous reverrait.

Les bisous qui claquent fort sur mes joues, les câlins serrés.
Et cette odeur de violette…

Elle s’appelait Maria. J’aurais voulu vous montrer une photo, mais je ne sais pas où je les ai mises…
Elle avait le visage sévère, mais un magnifique sourire. Je me rends compte aujourd’hui que ça devait pas être quelqu’un de commode et qu’il ne fallait sûrement pas trop la faire suer ! Mais avec moi, c’était un amour sans fin.
Elle était espagnole et avait épousé un français.
Elle avait perdu son premier fils quand il n’était qu’un enfant je crois, puis son mari quelques années avant ma naissance, puis son 2ème fils (mon grand-père) devenu alcoolique.
Elle a eu un ou deux cancers du sein, je ne sais plus. Ce que je sais, c’est qu’elle n’en avait plus, de seins. Et elle était toujours là.
Elle est partie à 92 ans, ça fait maintenant plus de 20 ans.
Je pense à elle de temps en temps, elle me manque comme tous ceux qui nous ont quittés dans la famille mais j’ai une tendresse particulière pour cette femme.

Une odeur de violette…
C’est fou ce que ça peut remuer à l’intérieur. Ça m’a fait frissonner, mon ventre s’est serré, j’en ai eu les larmes aux yeux.
J’ai été bombardée de toutes ces petites choses d’un coup. Et maintenant, ça me le fait à chaque fois que j’ouvre le placard où est rangé le thé et que le parfum de la violette vient me chatouiller le nez.
Alors j’inspire un grand coup et je revis ces moments avec mon arrière grand-mère, pendant quelques secondes, avec bonheur.

C’est beau une madeleine, c’est un peu triste aussi.
Je suis contente d’avoir trouvé celle-ci. Elle me chamboule mais qu’est-ce qu’elle est belle…
Une odeur de violette… c’est fou tout ce que ça peut faire remonter.
Il m’a fallu presque 38 ans pour comprendre ce qu’il avait ressenti mais Proust avait donc raison…

Vous en avez des madeleines vous ?

8 réflexions au sujet de « Une odeur de violette »

    1. VIE HELENE

      Magnifique !

      Pour moi aussi, la Violette est ma Madeleine.

      Et je suis émue de savoir maintenant que c’est grâce à mon thé à la Violette, que vous avez pu trouver votre Madeleine de Proust.
      Merci à l’Office de Tourisme de Toulouse de vous l’avoir fait découvrir.

      Belle continuation, beaux rêves…..

      Hélène Vié, La Maison de la Violette

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      1. mamourblogue Auteur de l’article

        Merci beaucoup Hélène !
        Ce thé est vraiment une belle découverte, aussi bien émotionnellement du coup que gustativement ! Je l’ai adoré ! D’ailleurs, je prévoie dans boire un autre ce soir 😉

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  1. Maman Poule et ses 3 Cocottes

    Moi c’est la langue de bœuf qui me rappelle mes grands parents… mais d’autres plats aussi que je mange quasiment jamais non plus, comme les pommes frites avec du gros sel, ou la grosse brioche de boulanger servie tous les dimanches et qu’on n’aimait plus à force d’en manger…
    Pas de madeleine de Proust pour mes autres grands parents, pour le moment. J’ai beaucoup de souvenirs aussi avec les odeurs, ça me ramène à mon enfance mais ce ne sont pas des madeleines de Proust pour autant.
    Très beau texte que tu as écrit, très émouvant !

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    1. mamourblogue Auteur de l’article

      Merci 😉
      C’est cool tu as déjà pas mal de madeleines toi !!
      J’espère qu’avec le temps je vais en trouver d’autres parce que c’est quand même sympa d’être transportée de cette façon…

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